Les évaluations nationales hébergent les résultats de tes élèves sur des serveurs Amazon depuis des années, sans qu'aucune famille n'en soit informée.
Le Café pédagogique a publié le 23 septembre un article qui pose une question simple et jamais vraiment traitée jusqu'ici : où vont les résultats des évaluations nationales que chaque élève passe, de l'école primaire au lycée professionnel ? Les évaluations concernent le CP, le CE1, le CE2 avec cette année une nouveauté, des exercices sur les fractions, puis la 6e, la 4e, la 2de générale et la 1re année de CAP. Une application dédiée, gérée par le ministère, collecte les résultats individuels de chaque élève et en tire trois niveaux de restitution : un livret pour l'élève et sa famille, un bilan pour l'école ou l'établissement, et des statistiques agrégées remontées par circonscription, académie et département.
Le point qui a motivé l'article, c'est l'hébergement de cette application. Elle tourne sur des serveurs Amazon Web Services, pour un logiciel d'origine luxembourgeoise aujourd'hui détenu par une société japonaise. Les données de chaque élève y sont conservées cinq ans. Jusqu'à cette rentrée, aucune information n'était donnée aux familles sur l'existence de ce traitement, sur leurs droits, ou sur la possibilité de s'y opposer : c'est la CFDT Éducation, par la voix de sa secrétaire nationale Caroline Brisedoux, qui a rendu ce silence public, en pointant un dispositif construit « sans aucune considération pour la protection des données ».
Le ministère a réagi en ouvrant une page Éduscol qui informe désormais les familles de leurs droits d'accès, de rectification et d'opposition sur ces données. C'est une première. Mais la façon dont cette information doit concrètement leur parvenir, par le carnet de correspondance, un mot distribué en classe ou un simple lien noyé sur un site institutionnel, reste floue : rien n'indique aujourd'hui qui, dans un établissement, doit s'assurer que chaque famille l'a vue. Le syndicat pointe aussi deux effets de bord bien connus des enseignants qui font passer ces évaluations : la saisie des résultats dans l'application prend du temps sur des semaines déjà chargées, et les comparaisons statistiques par école ou par classe alimentent une pression de performance qui redescend parfois jusqu'aux méthodes d'enseignement elles-mêmes, via ce que l'article appelle des « résidences pédagogiques » où des inspecteurs orientent les pratiques de classe à partir de ces chiffres.
Si tu fais passer des évaluations nationales cette année, quel que soit le niveau, les résultats que tu saisis partent vers cette application, et jusqu'à cette rentrée personne n'était en mesure de dire à une famille où ils étaient hébergés ni pendant combien de temps. Tu peux dès maintenant orienter un parent qui pose la question vers la nouvelle page Éduscol, qui décrit ses droits d'accès, de rectification et d'opposition sur les données de son enfant. Si un parent te demande comment s'opposer à ce traitement, ce n'est pas à toi de traiter la demande seul : elle relève du directeur d'école ou du chef d'établissement, à qui tu peux transmettre la question sans avoir à trancher. Et si tu sens la pression statistique redescendre sur ta pratique de classe à partir de ces résultats, sache que ce n'est pas un effet secondaire isolé : c'est un point que le syndicat national soulève explicitement, ce qui te donne un appui pour en parler en conseil des maîtres ou en réunion d'équipe plutôt que de l'absorber seul.