Euro-Office sur le bureau : faut-il quitter Microsoft 365, déjà gratuit pour les profs ?

Euro-Office, la suite bureautique européenne, arrive sur Windows, Mac et Linux. Ce que ça change quand tu as déjà Microsoft 365 avec ton adresse académique.

Actualités · Souveraineté numérique

Euro-Office est une suite bureautique européenne : un traitement de texte, un tableur et un logiciel de présentation, qui ouvrent et enregistrent les fichiers Word, Excel et PowerPoint. Le projet est né en mars 2026 de la collaboration entre plusieurs entreprises et associations européennes, parmi lesquelles l'allemand Nextcloud, l'hébergeur IONOS, Eurostack, XWiki et OpenProject, avec un objectif affiché : donner aux administrations publiques européennes une solution qu'elles contrôlent, plutôt que de dépendre d'un éditeur américain. Jusqu'ici, la suite ne fonctionnait que dans un navigateur, intégrée aux services de ces entreprises.

C'est ce point qui change. Dans son communiqué du 16 septembre 2026, Nextcloud annonce que la suite arrive en application installée sur l'ordinateur, pour Windows, Linux et les Mac à puce Apple. L'argument est simple : travailler sur ses documents en local, sans passer par un onglet de navigateur, tout en gardant les fichiers synchronisés. Une précision s'impose tout de suite, parce que la presse l'a peu relayée : l'application n'est pas encore téléchargeable. Le communiqué écrit qu'elle le sera « dans les prochaines semaines ». Ce qui est disponible aujourd'hui, c'est la version Nextcloud Hub 26 Summer qui l'accompagne.

Le projet traîne une histoire qu'un article promotionnel passerait sous silence. Euro-Office n'est pas écrit de zéro : il reprend le code source d'ONLYOFFICE, une suite bureautique existante, publiée sous licence libre AGPL. Dès le 30 mars 2026, ONLYOFFICE a accusé le projet européen de violer les conditions de cette licence, puis a suspendu son partenariat avec Nextcloud. La Free Software Foundation et plusieurs juristes ont depuis confirmé que les clauses supplémentaires restrictives peuvent être écartées lors d'une redistribution, ce qui donne raison au projet sur le fond juridique. Le désaccord, lui, n'est pas refermé.

Deuxième critique, et elle vient du camp du logiciel libre européen : LibreOffice reproche à Euro-Office de privilégier les formats de Microsoft plutôt que les standards ouverts. Le reproche est cohérent avec la promesse de souveraineté, puisqu'on peut difficilement se libérer d'un éditeur tout en adoptant ses formats comme référence. Il est aussi le signe que « l'alternative européenne » n'est pas un bloc uni : plusieurs projets se disputent le terrain, et ils ne sont d'accord ni sur la méthode ni sur les priorités.

Reste la question qui décide de tout, côté salle des profs : à quoi ça sert dans un établissement. Sur un ordinateur du collège ou du lycée, le logiciel installé n'est pas à la main de l'enseignant, mais à celle de la collectivité et de la personne qui gère le réseau. Et sur son ordinateur personnel, un professeur français dispose déjà de Microsoft 365 gratuitement, à vie, avec son adresse académique. Euro-Office ne vient donc pas combler un manque de licence. Ce qu'il propose est d'un autre ordre : la possibilité, à terme, que les données de travail cessent de transiter par des services soumis à une juridiction étrangère.

Pourquoi ça te concerne

À court terme, rien ne t'oblige à bouger, et il n'y a même rien à installer avant plusieurs semaines. Garde plutôt ceci en tête : le sujet de la souveraineté numérique est en train de descendre des discours européens vers des logiciels qu'on installe pour de vrai, et l'école est l'un des terrains visés en premier, parce qu'elle est massivement équipée en outils américains. Si tu es curieux, tu peux déjà essayer la version qui tourne dans le navigateur, sans rien installer, pour voir si le traitement de texte te convient. Si tu es dans un établissement qui réfléchit à ses outils, ou si tu es la personne vers qui on se tourne quand il s'agit d'informatique, c'est le moment de savoir que cette option existe et qu'elle est gratuite, y compris pour une collectivité. Et si tu décides de tester, garde une copie de tes fichiers importants au format d'origine le temps de vérifier que la mise en page survit à l'aller-retour : c'est précisément le point que LibreOffice reproche au projet, et c'est aussi le genre de détail qui te coûte une soirée à la veille d'un conseil de classe.