Le C2i2e est remplacé par le CRCN-Édu depuis juillet 2026, mais son caractère obligatoire pour les enseignants reste flou, comme le cap numérique de l'école.
Un décret du 15 juillet 2026 crée un nouveau cadre appelé CRCN-Édu, le référentiel des compétences numériques des métiers de l'enseignement, et l'arrêté qui en détaille le contenu a été publié au Journal officiel le 31 juillet. Il remplace le C2i2e, le certificat que les enseignants devaient valider pendant leur formation depuis les années 2000, dont la suppression complète est annoncée pour la rentrée 2027. Le nouveau cadre classe les compétences professionnelles sur quatre niveaux de maîtrise, de novice à expert, répartis en cinq domaines : l'environnement professionnel, les ressources numériques, l'enseignement et l'apprentissage, la prise en compte de la diversité et de l'autonomie des élèves, et le développement de leurs propres compétences numériques. La certification s'appuie sur la plateforme Pix, la même que celle utilisée pour les élèves, complétée pour les niveaux les plus élevés par une vérification des pratiques réelles en classe.
Un article du Café pédagogique publié le 18 septembre, sous la plume de Bruno Devauchelle, revient sur ce nouveau cadre pour poser une question plus large : l'école française a-t-elle une vision claire de ce qu'elle veut faire du numérique et de l'intelligence artificielle, ou empile-t-elle les dispositifs sans cap d'ensemble ? L'auteur parle d'un « double discours » : d'un côté des annonces politiques régulières sur l'IA à l'école, de l'autre un terrain où l'équipement, les logiciels disponibles et les besoins réels des enseignants restent secondaires. Il rappelle qu'un rapport de l'Inspection générale de l'Éducation, publié en 2025, recommandait déjà une formation « massive et coordonnée » de l'ensemble du personnel enseignant au numérique, sans que sa mise en œuvre concrète soit aujourd'hui plus claire. Une question reste notamment sans réponse officielle : la certification CRCN-Édu deviendra-t-elle une condition pour valider sa formation initiale, comme l'était le C2i2e, ou restera-t-elle facultative ?
L'article situe ce flou français par comparaison. Le Québec s'est doté de guides distincts sur les plans éthique, légal et pédagogique de l'usage de l'intelligence artificielle en classe. La Wallonie a choisi d'intégrer l'éducation au numérique comme une discipline à part entière, avec ses propres heures et son propre programme, plutôt que de la disperser dans les autres matières. Deux choix différents, mais deux choix assumés : c'est précisément ce que l'auteur reproche au cadre français, qui superpose les dispositifs (interdiction du téléphone au lycée, parcours Pix IA, désormais CRCN-Édu) sans les relier à une ligne directrice énoncée clairement.
Si tu es en formation initiale ou en début de carrière, retiens que le C2i2e n'existe officiellement plus depuis cet été et qu'un nouveau cadre le remplace, sans que son caractère obligatoire pour ta titularisation soit encore tranché publiquement : c'est une question à poser directement à ton INSPÉ ou à ton académie plutôt qu'à supposer une réponse. Si tu enseignes depuis plus longtemps, le CRCN-Édu ne t'impose rien dans l'immédiat : aucun texte ne rend aujourd'hui cette certification obligatoire pour les enseignants déjà titulaires. Ce qui est plus utile à en retenir, c'est le constat de fond : les dispositifs numériques et IA qui te sont demandés (Pix IA côté élèves, désormais ce cadre côté enseignants) arrivent l'un après l'autre, sans qu'on t'explique toujours comment ils s'articulent entre eux. Tu n'es pas seul à le remarquer, ce sont des inspecteurs généraux et des chercheurs qui le disent aussi : ça peut justifier de demander, en formation continue ou en réunion d'équipe, une explicitation de ce que chaque nouveau dispositif est censé apporter concrètement à ta pratique, plutôt que de les subir un par un.